Salaire minimum en Italie? Des syndicats divisés

Salaire Italie

Un salaire horaire minimum de 9 euros bruts, comme le propose le Mouvement 5 étoiles ? Derrière la caisse, Valentina Tullo, employée d’une boutique de décoration, exprime un enthousiasme mesuré. « Je ne me plains pas, mais un petit quelque chose en plus, ça ne gâcherait pas, c’est sûr ! »

Dans sa petite épicerie, Martina Botta, la gérante, est mitigée. « Pourquoi pas, je suis favorable à une augmentation des salaires et à une baisse des charges fiscales. Parce qu’on embaucherait tous davantage et cela encouragerait les gens à chercher du travail. »

Mais au fond, la question du salaire minimum n’anime pas vraiment les conversations dans cette petite ville.

Les syndicats mobilisés

Les syndicats, eux, s’y intéressent de près. La gestion des salaires, c’est leur prérogative à travers des contrats collectifs nationaux de travail, des accords de branche en quelque sorte. Mirko Dolzadelli, secrétaire régional en Lombardie de la Cisl, la Confédération italienne des syndicats de travailleurs, estime qu’ils suffisent. « Tous les contrats signés par les grandes organisations syndicales et patronales vont au-delà de 9 euros. Parce qu’il n’y a pas que le salaire de base qui compte. La solution, ce n’est pas un minimum institutionnel. On règlera le problème en appliquant à tous les contrats des organisations majoritaires. »

Parce que le vrai problème, selon lui, c’est la prolifération de ces contrats. « Il y a des dizaines de contrat souscrits par des syndicats non représentatifs et des organisations patronales pirates, qui n’existent pas vraiment. Parfois, il suffit d’avoir un cabinet pour créer son association, se déclarer et signer un contrat national. »

22% des travailleurs gagneraient davantage avec cette mesure

Selon l’Institut national de sécurité sociale, 22% des travailleurs gagneraient davantage avec l’instauration d’un salaire horaire minimum de 9 euros brut. L’Unione sindacale di Base est donc favorable à une loi. Pierpaolo Leonardi récuse les arguments de la Cisl. « La rétribution globale de ces contrats est composée de différents éléments. Il y a une prime de productivité, une indexation au coût de la vie. Nous, ce que l’on dit, c’est que la rétribution horaire de base doit être à 10 euros. »

À ses yeux, un minimum légal rendrait même les accords de branches plus efficaces. « Les contrats collectifs parviennent à obtenir de meilleurs résultats. Précisément parce qu’ils partent d’une base plancher. »

Mais, à la Confédération italienne des syndicats de travailleurs, Mirko Dolzadelli craint des effets collatéraux. « La peur que l’on a, c’est que ce système de contrats perde de son importance. Que l’on puisse choisir entre les contrats nationaux et le minimum légal. C’est ça le risque, parce qu’ils ne règlementent pas seulement le salaire, mais aussi les droits et devoirs des travailleurs. »

L’influence des syndicats en question

Au-delà de l’efficacité pour le pouvoir d’achat, le minimum légal pose une question d’influence des syndicats, explique Francesco Daveri, professeur d’économie à l’université Bocconi. « Un salaire minimum automatique enlèverait aux syndicats leur pouvoir de négociation. Toutefois, les syndicats traditionnels peinent à venir en aide aux travailleurs précaires. Donc même s’il y avait un minimum légal, il resterait un domaine d’action important pour assurer une protection, pas seulement en termes de salaire, mais en termes de conditions de travail et de qualité de vie auquel les syndicats devraient se consacrer. »

Pour rassurer les syndicats, la proposition de loi prévoit que les salaires ne pourront pas être inférieurs à ce qui est inscrit dans les contrats collectifs signés par les principaux partenaires sociaux. Représentativité dont la définition ne met pas tous les syndicats d’accord.