Favorisé par la baisse du prix des batteries et un choc d’offre, le marché de l’électrique va accélérer dans les prochaines années.

Zoe

En 1908, la première Ford T sortait de l’usine de Piquette Avenue à Détroit (Etats-Unis). Ce modèle à combustion au prix abordable, fierté de l’ingénieur Henry Ford, permit à la classe moyenne américaine de s’équiper massivement.

122 ans plus tard, une nouvelle ère devrait s’ouvrir pour l’industrie automobile : le règne de l’électrique. C’est en effet à partir de 2030 que la part des voitures électriques et hybrides devrait dépasser celle des modèles à combustion roulant uniquement à l’essence ou au diesel, selon une étude du cabinet Boston Consulting Group (« The Electric Car Tipping Point »).

Lutte contre la pollution
Une évolution qui paraissait encore impensable il y a cinq ans. Mais c’était sans compter le renforcement des mesures prises par les gouvernements pour lutter contre la pollution de l’air, la baisse continue du prix des batteries électriques et des énergies vertes (solaire, éolien etc.), ainsi que la multiplication des aides à l’achat de véhicules propres. Autant de phénomènes amenés à s’amplifier dans les prochaines années, analyse BCG.

La mue du marché automobile a déjà commencé : en 2016, les ventes mondiales de voitures électriques ont bondi de 40 %, à 750.000 unités, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Résultat : plus de 2 millions de véhicules électriques roulent désormais dans le monde.

Certes, les modèles électriques et hybrides ne représentent qu’environ 4 % du parc mondial en cumulé. Et il reste de nombreux obstacles – prix élevé, manque de bornes électriques, batteries à l’autonomie limitées – à leur large diffusion. Mais, à partir de 2025, leur part dans le parc mondial devrait inexorablement augmenter alors qu’un pionnier comme Tesla s’efforce d’augmenter la production de son modèle grand public (Model 3) et que les géants de l’industrie automobile se convertissent à toute allure à l’électrique.

Choc d’offre
Le constructeur Renault va lancer 8 modèles électriques d’ici à 2022 ; BMW va électrifier 25 modèles de sa gamme d’ici à 2025 ; Volvo ne produira plus que de l’électrique et de l’hybride d’ici à 2019 ; Fiat-Chrysler, longtemps sceptique, a annoncé que la moitié de sa gamme du groupe sera électrifiée d’ici à 2022….

Selon Boston Consulting Group, le marché de l’électrique sera principalement tiré par la Chine. Avant le dernier congrès du Parti communiste, Pékin a créé la stupeur en annonçant travailler sur « un calendrier » pour interdire la production et la vente de véhicules essence et diesel .

La Chine accélère
Récemment, les autorités chinoises ont également imposé aux constructeurs présents dans l’Empire du milieu un quota de voitures hybrides ou électriques à partir de 2019. Un électrochoc pour les constructeurs étrangers, désireux de s’installer durablement sur le premier marché automobile mondial.

Compte tenu du prix plus élevé de l’électricité et des distances plus faibles à parcourir par rapport à la Chine et les Etats-Unis, la transition devrait être plus lente en Europe. Elle n’en sera pas moins spectaculaire. En 2030, le taux d’équipement en voitures électriques devrait atteindre 17 % et celui des hybrides 33 %, prédit l’étude.

Malgré les inquiétudes de certains, l’essor de la voiture électrique ne devrait pas faire bondir la consommation globale d’énergie en France. Celle-ci pourrait par ailleurs baisser, en raison d’une demande moins importante dans d’autres secteurs.

Alors que certains s’inquiètent de l’impact de l’augmentation des voitures électriques en France dans les prochaines années sur le réseau, les prévisions s’avèrent finalement plutôt rassurantes. En effet, si l’on peut craindre une augmentation de la consommation globale en France dans les années à venir, une étude de la Commission de Régulation de l’Énergie vient pourtant prouver le contraire.

Selon l’organisation, cette dernière ne devrait pas augmenter d’ici 2035 sur le territoire, et pourrait même baisser dans certains cas. En effet, d’autres secteurs pourraient utiliser moins d’électricité, ce qui devrait alors compenser la hausse des véhicules zéro-émission et permettre de conserver une consommation stable. L’étude table sur un chiffre compris entre trois et quinze millions de véhicules électriques en circulation d’ici à cette échéance, contre seulement 170.000 voitures électriques ou hybrides rechargeables actuellement sur nos routes.

Une nouvelle gestion de l’énergie
Toutefois, afin d’arriver à cet équilibre en ce qui concerne la consommation énergétique globale en France, il faudra revoir certaines choses, dont la régulation de l’électricité. Celle-ci doit en effet évoluer, comme le souligne Jean-François Carenco, président de la CRE « elle ne peut pas rester « à la papa », qui fixe les prix et qui détermine les investissements sur les réseaux ». Selon lui, il faudrait faire passer le pouvoir « des gouvernants aux régulateurs », afin d’augmenter la vitesse des décisions et de mieux adapter la gestion du réseau en fonction des évolutions.

Une autre solution pourrait par ailleurs permettre de réduire la consommation, en offrant la possibilité aux propriétaires d’utiliser l’électricité stockée dans leur véhicule pour alimenter leur maison. Les batteries serviraient en effet à absorber l’excédent de production, afin de le réutiliser à la demande lors des pics de consommation.