Le mandarin : l’unification par la langue

Par abus de langage, on utilise souvent le terme chinois pour désigner le mandarin. Comptant environ un milliard de locuteurs, il s’agit non seulement de la première langue chinoise mais aussi de la langue la plus utilisée dans le monde.

À la différence de l’Inde, réputée elle aussi pour son plurilinguisme, la Chine a opté pour une politique d’unification linguistique au XXe siècle. Là où les langues régionales continuent à animer les conversations du sous-continent indien, le mandarin s’est imposé au niveau national en Chine. Le pays ne reconnaît d’ailleurs qu’une seule langue officielle : le mandarin standard. Il s’agit d’une version codifiée du mandarin, lui-même fondé sur le dialecte de Pékin. Le mandarin standard est également l’une des quatre langues officielles de Singapour, aux côtés du malais, du tamoul et de l’anglais. Il fait aussi partie des six seules langues à bénéficier du statut officiel à l’ONU avec l’arabe, l’espagnol, le russe, l’anglais et le français – bien que, dans les faits, seules les deux dernières soient utilisées comme langues de travail.

Il existe plusieurs termes pour se référer au mandarin : (guóyǔ, « langue nationale ») à Taïwan, 普通 (pǔtōnghuà, « langue commune ») en Chine continentale, (hànyǔ, « la langue des Hans ») ou encore 中文 (zhōngwén, « la langue de la Chine »). Pourtant, aucune appellation ne porte la racine mandarin. L’usage du mot mandarin a été popularisé par l’anglais. Si son étymologie reste obscure, l’une des hypothèses avance le sanskrit मन्त्रिन् (mantrin) pour « ministre, conseiller » en référence aux dirigeants des dynasties Ming et Qing. La même racine est à l’origine du mot mantra, également utilisé en français.

Aujourd’hui, 400 millions de Chinois ne parlent pas le mandarin, ce qui représente environ 30 % de la population du pays. Quelles sont donc les autres langues chinoises ? Aventurons-nous un peu plus loin !

Yue, wu, min, xiang… : la grande famille des langues chinoises

Les langues chinoises forment un sous-groupe de la famille des langues sino-tibétaines. Elles dérivent du chinois classique qui a connu son âge d’or du Ve siècle avant J-C. jusqu’au IIe siècle avant d’être valorisé en tant que langue littéraire (文言文, wényánwén). 

Les langues chinoises ont pour principal trait commun d’être toutes des langues tonales. À chaque son est associé un ton (une intonation) qui change la signification du mot. Le chinois mandarin compte quatre tons (plus un ton neutre). Mais le yue, ou cantonais, en compte traditionnellement neuf, qui ont tendance à être regroupés en six tons aujourd’hui. Avec ses 85 millions de locuteurs (langue première et seconde en tenant compte de la diaspora), il s’agit de la deuxième langue chinoise. On la pratique essentiellement à Guangzhou (ville aussi connue sous le nom de Canton en français) et dans la région administrative spéciale de Hong Kong. Les locuteurs du cantonais représentent environ un quart des non-mandarinophones en Chine. Quant au wu, il ne compte que deux tons. Parlé à Shanghai et dans le Zhejiang, il complète le podium des langues chinoises avec 80 millions de locuteurs (soit autant que le coréen).

Les autres principales langues chinoises sont :

– le min (闽语), qui compte 50 à 70 millions de locuteurs, essentiellement dans la province du Fujian. En plus de ne pas être compréhensible des locuteurs du mandarin, le min englobe cinq dialectes (minbei, mindong, minnan, minzhong et puxian) qui ne sont pas non plus mutuellement intelligibles ;

– le hakka (客家话), parlé par environ 50 millions de personnes et qui est aussi l’une des langues officielles de Taïwan ;

– le xiang (语), parlé dans le Sichuan et le Hunan par au moins 30 millions de Chinois. Elle était la langue maternelle de Mao Zedong, natif du Hunan, qui a appris le mandarin standard comme seconde langue ;

– le gan (贛語), parlé par environ 20 millions de personnes, surtout dans la province de Jiangxi, et qui est resté particulièrement proche du chinois archaïque (qui a précédé la période du chinois classique).

Autre point commun des langues chinoises : elles utilisent toutes le même système d’écriture. Vu de l’étranger, c’est souvent pour cette raison que l’on tend (à tort !) à toutes les considérer comme des dialectes du mandarin au lieu de langues à part entière. Ce sont les fameux sinogrammes ou hànzì (汉字) qui associent un son à un caractère précis… et contribuent à la réputation de langue difficile du mandarin (et par extrapolation, des langues chinoises en général). D’ailleurs, qu’en est-il vraiment ?