Pour endiguer la pandémie de Covid-19, l’Allemagne, qui enregistre une hausse des infections, voit samedi plusieurs de ses grandes villes instaurer un couvre-feu. C’est notamment le cas à Berlin, où bars et restaurants ne cachent pas leur indignation.

Alors que l’Allemagne est confrontée à une hausse inquiétante des contaminations, de grandes villes allemandes, dont la capitale Berlin, instaurent un couvre-feu à partir de samedi 20 octobre, afin d’endiguer la pandémie. Une mesure qui alarme particulièrement les bars et restaurants.

À Berlin, les établissements devront fermer leurs portes à partir de samedi soir entre 23 h et 6 h, une tranche horaire qui voit habituellement déambuler chaque weekend des dizaines de milliers de personnes dans la capitale, où de nombreux bars restent ouverts toute la nuit.

Ce couvre-feu, qui concerne tous les magasins sauf les pharmacies et stations service, sera en place au moins jusqu’au 31 octobre. La vente d’alcool dans les stations service sera également prohibée.

Plus au Sud, Francfort a pris une mesure similaire, entrée en vigueur vendredi soir, avec la fermeture des bars et restaurants et l’interdiction de vente d’alcool entre 22 h et 6 h.

La liste s’allonge. Samedi matin, c’est Cologne, la capitale de la région la plus peuplée, la Rhénanie du nord-Westphalie, qui a annoncé une mesure similaire à partir de 22h. Hambourg de son côté a opté pour le port obligatoire du masque dans les lieux publics à partir de lundi.

Les bars de Berlin s’indignent

À Berlin, il s’agit d’un nouveau coup dur pour l’économie de la ville, déjà durement touchée par la fermeture des clubs depuis plusieurs mois. La vie nocturne de la capitale allemande est une composante essentielle de l’économie de la ville. Les clubs à eux seuls ont rapporté plus de 1,5 milliard d’euros à la ville en 2018.

Mais la situation épidémique est inquiétante dans la capitale, avec plus de 400 nouveaux cas quotidiens. Berlin est désormais classée “zone à risques”.

“Ce n’est pas le moment de faire la fête”, a justifié le maire social-démocrate de la capitale, Michael Müller. “Nous pouvons et nous voulons empêcher un autre confinement” plus sévère, avait-il ajouté, s’adressant plus particulièrement aux moins de 40 ans.

La chancelière Angela Merkel a elle-même plaidé pour cette mesure, vendredi, après une discussion avec les maires des onze plus grandes villes du pays. “Je suis tout à fait consciente que les restrictions telles que l’heure de fermeture, les règles strictes pour la vente d’alcool sont contraignantes et que le secteur de la restauration est durement touché”, a-t-elle expliqué. “Mais nous devons bien réaliser ce qui est le plus important pour nous cet automne et cet hiver”, a-t-elle ajouté, fixant comme “priorités” le maintien à flot de l’économie et la poursuite des activités scolaires.

Le collectif Bars of Berlin juge lui “désastreuse” cette mesure et planche sur un éventuel recours juridique. “Je suis à court de mots tellement je ressens de rage et d’indignation”, a asséné mercredi un des initiateurs de ce collectif, Roberto Manteufel, devant la commission des affaires économiques de Berlin. Ce couvre-feu, inédit dans la capitale depuis 1949, risque selon lui de porter un “coup de grâce aux bars”.

En 2018, Berlin comptait quelque 9 800 enseignes de restauration, dont plus de 1 700 bars ou pubs, selon l’institut Statista.

Restreindre les contacts sociaux pour éviter les rassemblements sauvages

À Francfort, principale ville du Land de Hesse, la grogne monte aussi. L’association Initiative Gastronomie Francfort menace ainsi de déposer des recours contre une mesure de fermeture susceptible d’entraîner, selon elle, des rassemblements sauvages dans la rue.

Pour prévenir ce risque, la ville de Berlin a, elle, décidé de restreindre fortement les contacts sociaux. Désormais, entre 23 h et 6 h du matin, les rassemblements en extérieur ne devront pas excéder cinq personnes. En journée, cette jauge reste fixée à 50.

Une mesure qui n’a pas empêché, selon la police, “plusieurs milliers” d’opposants au port du masque de participer, sans incident notable, à une marche silencieuse dans le centre de Berlin, samedi après-midi.

Ces restrictions sont encore plus fortes pour les rassemblements en intérieur, limités à 10 personnes. Elles visent principalement les soirées à domicile et fêtes illégales, que les autorités berlinoises considèrent comme propagatrices du Covid-19.