Le Canada a exposé les travailleurs de la santé au risque de contracter la COVID-19 et de ramener le virus dans leur famille parce qu’il n’a pas tiré de leçons du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) en 2003, selon un nouveau rapport.

Mario Possamai, auteur du rapport et conseiller principal d’une commission de deux ans sur le SRAS, souligne les multiples lacunes de l’Agence de la santé publique du Canada.

L’agence a été créée pour lutter contre les maladies infectieuses émergentes après une première recommandation de la commission examinant comment l’épidémie de SRAS, qui a tué 44 personnes, est arrivée au Canada et s’est propagée, principalement en Ontario.

Des centaines de personnes sont mortes du SRAS ailleurs, notamment en Chine et à Taiwan. Cependant, M. Possamai affirme, dans le rapport publié lundi, que contrairement au Canada, ces pays ont tenu compte des leçons apprises lors de l’épisode du SRAS, qu’il décrit comme «une répétition générale pour la COVID-19».

«Dans le cas de la COVID-19, le Canada est témoin d’un échec systémique à tirer des leçons de l’épidémie de SRAS de 2003», dit-il. «On a échoué à la fois de se préparer adéquatement et de réagir d’une manière qui soit à la mesure de l’urgence de santé publique la plus grave depuis un siècle.»

M. Possamai explique dans le rapport que la sécurité des travailleurs, allant de ceux qui travaillent dans les foyers de soins de longue durée aux techniciens en inhalothérapie, en passant par les infirmières et les médecins, a été ignorée.

Selon des sources syndicales, 16 travailleurs sont décédés des suites de la pandémie, bien que les rapports officiels évaluent le nombre à 12 décès.

Le taux d’infection du Canada parmi les travailleurs de la santé est quatre fois supérieur à celui de la Chine, indique le rapport.

Alors que d’autres pays, y compris les États-Unis, ont fait pire que le Canada pour contenir la COVID-19, ils avaient réussi à échapper au SRAS en 2003 et n’avaient pas eu l’occasion d’en tirer des leçons, note M. Possamai dans le rapport, qui a été commandé par la Fédération canadienne des syndicats d’infirmières et infirmiers pour évaluer la première vague de la pandémie.

«Un problème systémique important pendant la COVID-19, comme c’était le cas pendant le SRAS, est que les travailleurs de la santé et les syndicats n’étaient pas considérés par les gouvernements et les agences de santé publique comme des partenaires de collaboration dans l’établissement de lignes directrices et de procédures de sécurité», a constaté M. Possamai, ajoutant que c’est toujours le cas alors que certaines régions du Canada entrent dans une deuxième vague de la maladie.

L’Agence de la santé publique du Canada n’a pas immédiatement répondu aux demandes de commentaires.

Selon M. Possamai, un temps précieux a été gaspillé alors que les infections parmi les travailleurs de la santé ont augmenté et que le soi-disant principe de précaution, qui vise à réduire le risque d’infection sans attendre la certitude scientifique, n’a pas été adopté comme une leçon de la commission sur le SRAS.

La question de savoir si la COVID-19 était en suspension dans l’air a conduit certains travailleurs de santé à se voir refuser des respirateurs N95 à la place de masques chirurgicaux et d’autres équipements de protection individuelle. Le rapport indique que ça n’a pas été le cas en Chine, à Hong Kong et à Taiwan, qui ont également souffert du SRAS.

M. Possamai fait plusieurs recommandations, notamment que les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux adoptent des lois obligeant leurs médecins hygiénistes en chef à faire un rapport annuel sur l’état de la préparation aux urgences de santé publique de leur juridiction. Il recommande également que les meilleurs médecins de chaque juridiction soient habilités à faire des recommandations sur toute lacune.

Il demande également l’ajout d’hygiénistes du travail ainsi que d’experts en sécurité et en aérosols à l’Agence de la santé publique du Canada. Il note aussi que les ministères provinciaux de la Santé et du Travail devraient agir indépendamment des ministères de la Santé pour appliquer les mesures de santé et de sécurité au travail.

Linda Silas, présidente de la Fédération canadienne des syndicats d’infirmières et infirmiers, a déclaré que ce n’est qu’après la pression des infirmières et des médecins et finalement de la ministre fédérale de la Santé Patti Hajdu, en février, que l’agence de santé publique a commencé des appels hebdomadaires avec le secteur de la santé, y compris des psychologues et des dentistes, sur les lignes directrices à suivre.

Elle a cependant souligné que les syndicats ne sont toujours pas impliqués dans l’élaboration de ces directives et la manière dont elles devraient être utilisées dans la pratique. «C’est l’essentiel de l’erreur», estime Mme Silas.

«C’est toujours une responsabilité conjointe entre l’employeur et le syndicat», a-t-elle déclaré à propos des questions de santé et de sécurité au travail.