Tendance écologique en Alemagne : Berlin veut sortir du charbon en 2038

Se séparer du charbon devrait coûter aux pouvoirs publics allemands jusqu’à 80 milliards d’euros au total sur 20 ans, la moitié en aides aux régions concernées dans l’ouest et l’est du pays et l’autre en soutien pour éviter un envol des prix de l’électricité

Sortir du charbon est un enjeu essentiel d'une économie propre
Sortir du charbon est un enjeu essentiel d’une économie propre

L’Allemagne s’achemine vers un arrêt de l’exploitation du charbon pour sa production d’électricité au plus tard en 2038, selon une décision fixée par une commission nommée par le gouvernement allemand.

La messe est dite. L’Allemagne se décide finalement vers un arrêt de l’exploitation du charbon pour sa production d’électricité au plus tard en 2038. Cette transition devrait coûter aux pouvoirs publics allemands jusqu’à 80 milliards d’euros au total sur 20 ans, la moitié en aides aux régions concernées dans l’ouest et l’est du pays et l’autre en soutien pour éviter un envol des prix de l’électricité.

La décision finale revient à présent au gouvernement allemand mais il devrait devrait, sauf surprise, suivre les recommandations de cette commission qu’il avait lui-même mise sur pied. Ce retrait du charbon se fera de manière progressive: d’ici 2022, plusieurs centrales de lignite, un type de charbon très polluant, d’une capacité de trois gigawatts et des centrales au charbon d’une capacité de quatre gigawatts doivent être fermées. Puis, jusqu’en 2030, suivront d’autres centrales et seulement 17 gigawatts d’électricité devra être fourni dans le pays par le charbon, contre 45 aujourd’hui.

Eviter un envol des prix de l’électricité
La dernière centrale devrait fermer au plus tard en 2038, mais la commission charbon n’a pas exclu d’avancer cette date à 2035 si les conditions le permettent. En guise de compensation, les régions touchées recevront 40 milliards d’euros d’aides structurelles au cours des 20 prochaines années. Et il est prévu que les pouvoirs publics déboursent 2 milliards d’euros par an pour empêcher que les consommateurs soient confrontés à un envol des prix de l’électricité.

Actuellement le charbon représente encore plus d’un tiers de la production d’électricité en Allemagne, contre seulement 3% en France par exemple. Une situation qui empêche l’Allemagne d’atteindre ses objectifs climatiques de réduction d’émissions polluantes. Le gouvernement fait face depuis longtemps à la pression des ONG environnementalistes pour fixer une date de sortie. Mais Berlin doit aussi compter avec les dizaines de milliers d’emplois directement ou indirectement liés à la production de lignite et de charbon. L’Allemagne a déjà décidé après la catastrophe de Fukushima en 2011 d’arrêter progressivement l’énergie nucléaire d’ici 2022 et de donner la priorité aux énergies renouvelables.

Le charbon n’est plus produit en France, mais il l’est à grande échelle dans le monde.

Peu cher, facilement accessible, avec des réserves importantes et bien réparties, mais fort émetteur de CO2, il aggrave le réchauffement climatique.

Le charbon est, avec une part de près de 30 %, la deuxième source d’énergie primaire utilisée dans le monde (derrière le pétrole et devant le gaz) et la première source pour la génération d’électricité (40 % environ).

Une énergie toujours en croissance, mais plus lente
Si le charbon occupe cette place importante dans le mix énergétique mondial, sa croissance n’en connaît pas moins un net ralentissement. Le dernier rapport de l’Agence Internationale de l’Énergie (AIE), publié en décembre 2015, indique que la croissance annuelle de la demande mondiale de charbon, qui était de 3,3 % en 2010, sera de moins de 0,8 % à l’horizon 2020. En d’autres termes, la consommation mondiale devrait être de 5,8 milliards de tonnes de charbon en 2020, soit 500 millions de moins que les prévisions faites jusqu’alors par l’AIE.

Deux raisons principales expliquent ce ralentissement :

dans les pays développés de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), notamment l’Europe et les États-Unis, le charbon recule sous l’effet de la progression du gaz et des énergies renouvelables dans la production d’électricité, progression encouragée par la taxation du carbone et le soutien aux énergies renouvelables ;
la Chine, qui reste le premier consommateur mondial de charbon, connaît un ralentissement économique marqué et cherche d’autre part à réduire la pollution dans les villes qui a atteint des niveaux dangereux, provoquée notamment par les émissions de particules des centrales thermiques à charbon. Pour cela, la Chine a lancé d’ambitieux programmes nucléaires, éoliens et solaires.


L’Inde continue de dépendre fortement du charbon et devrait devenir le deuxième consommateur mondial, devant les États-Unis. Dans ce dernier pays, le charbon a reculé dans la production électrique en raison du développement des gaz de schiste (Voir le décryptage « La révolution américaine des hydrocarbures de schiste »). Mais les exportations de charbon américain se sont en revanche accrues, vers l’Europe et vers l’Asie. Attirés par son prix faible, plusieurs pays en consomment davantage depuis quelques années : l’Allemagne, du fait de sa sortie du nucléaire, le Japon, après l’accident de Fukushima, l’Inde et plusieurs pays d’Asie du Sud-Est pour satisfaire les besoins de leur croissance.

Des réserves importantes mais un handicap environnemental lourd
Les réserves de charbon apparaissent encore très importantes. On estime à environ 909 milliards de tonnes le volume mondial de charbon restant. Soit une réserve de plus de 150 ans aux rythmes d’exploitation actuels2.

Sur un plan économique, le charbon a de multiples avantages, mais son bilan écologique est particulièrement défavorable. Outre les problèmes environnementaux posés par l’exploitation des mines, la combustion du charbon contribue fortement à la pollution atmosphérique de la Planète. Si certains composants des fumées peuvent être traités, les émissions de dioxyde de carbone constituent un sérieux problème. A titre d’exemple, une grande centrale à charbon d’une puissance de 1 000 mégawatts rejette environ 6 millions de tonnes de CO2 par an, soit l’équivalent des émissions de 2 millions de voitures ! En chiffres globaux, l’AIE a estimé que 60 % environ de la hausse des émissions mondiales de CO2 enregistrée depuis 2000 proviennent de la combustion de charbon.

Originally posted 2019-01-26 11:29:00.

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