Brexit : quelles conséquences pour la République tchèque ?
Brexit : quelles conséquences pour la République tchèque ?

Près d’un an après la sortie définitive du Royaume-Uni de l’Union européenne, et quelques semaines après l’accord difficilement trouvé entre la Commission européenne et le gouvernent britannique sur leur relations futures, certaines conséquences du Brexit se font déjà ressentir. De l’économie à la politique, en passant par les universités ou d’autres domaines plus inattendus, panorama de quelques-uns de ses impacts en République tchèque.

Le Brexit entraîne avant tout des conséquences économiques. Par exemple, et cela est symbolique pour beaucoup de Tchèques, les magasins Marks & Spencer ont fermé leurs portes pour une durée indéterminée. Sont-ils les seuls concernés ?

Pour le moment, seul Marks & Spencer a pris cette décision en République tchèque. Dans un communiqué, le groupe britannique a fait part de ses difficultés liées aux mesures sanitaires, qui ne permettent plus d’ouvrir que les magasins d’alimentation. Mais il pointe également le Brexit. Ces derniers jours, les clients avaient vu apparaître des panneaux dans les rayons où s’étalent habituellement les produits, sur lesquels la marque s’excusait de ne pas pouvoir fournir l’ensemble de son offre « en raison des nouvelles réglementations sur les imports entre le Royaume-Uni et l’UE ». Pour l’heure, le groupe n’a pas communiqué de date de réouverture.

Quant à la question de savoir si l’économie tchèque sera impactée négativement par le retrait du Royaume-Uni, il faudra examiner les conséquences sur le long terme. En 2019, le Royaume-Uni était le cinquième marché le plus important pour les exportations tchèques, derrière l’Allemagne, la Slovaquie, la Pologne et la France. Rappelons que la République tchèque, dont l’économie est très dépendante surtout de la bonne santé de l’Allemagne voisine, exporte plus de 80% de sa production sur le marché européen.

Une certitude, quand même : l’accord obtenu à la dernière minute juste avant Noël a été accueilli avec un réel soulagement à Prague, où le gouvernement n’a jamais caché qu’il regrettait le départ du Royaume-Uni. Interrogés par l’agence de presse ČTK, plusieurs experts se sont dit confiants, et espéraient même une baisse des tarifs sur certains produits. L’économiste Petr Bartoň estimait même que les dernières avancées sur la pêche permettraient d’éviter une envolée des prix du poisson.

Les politiques Tchèques ont également fait part de leur soulagement et de leur satisfaction, mais la question d’un référendum en République tchèque est-elle d’actualité ?

Elle l’est de moins en moins, et le Brexit a probablement grandement contribué à cela. Ni un « Czexit », ni un référendum ne sont donc plus à l’ordre du jour, et ce malgré la volonté affichée du parti d’extrême-droite SPD ou celle, plus ambiguë, de l’ancien président Václav Klaus. Ce-dernier avait déclaré, en 2016, au moment du référendum que « de nombreux Tchèques auraient sabré le champagne à l’annonce des résultats ». Mais les atermoiements et les tensions politiques britanniques l’ont un peu refroidi. Ainsi, trois ans plus tard, Václav Klaus déclarait que « certains ont peut-être la sortie de la République tchèque de l’UE pour objectif politique dans deux ou trois décennies, mais s’ils font de cette volonté un projet politique actuel, alors je dois dire que c’est irrationnel. »

Du côté de l’UE, on s’inquiète certes d’un effet domino, mais son négociateur pour la sortie du Royaume-Uni, Michel Barnier, comme d’ailleurs plusieurs autres dirigeants européens, a déclaré espérer que le Brexit découragera d’autres pays de se lancer dans cette périlleuse entreprise. A Prague, où les européens sont eux aussi nombreux – et on a souvent tendance à les oublier -, davantage que d’euroscepticisme, la position est teintée d’euroréalisme. Et on ne parle ici même pas des subventions européennes, dont la République tchèque, comme les autres pays de la région, reste encore très largement bénéficiaire… Une donnée que les politiques tchèques, même s’ils ne l’avancent que rarement, sont parfaitement conscients.

D’un point de vue pratique, le Brexit va compliquer les voyages vers le Royaume-Uni pour les ressortissants de toute l’Union. Quid des Tchèques, relativement nombreux, déjà installés là-bas ?

Il ne sera en effet plus possible de s’installer librement au Royaume-Uni pour les citoyens européens. Pour les résidents de longue date, une procédure a été mise en place par les autorités britanniques. Elles ont fait savoir qu’environ 50 000 ressortissants tchèques s’étaient inscrits pour recevoir ce statut de résident permanent. Pour les autres, un visa sera désormais nécessaire. Il sera possible de l’obtenir via un système de points. Les revenus seront pris en compte, mais aussi le niveau d’anglais et la présentation d’une offre d’emploi.

Certains étudiants tchèques se demandent également ce qu’ils vont devenir ?

Pour eux, deux cas de figure se présentent. Il y a d’abord les étudiants tchèques inscrits dans des universités britanniques, puis ceux qui bénéficient du programme d’échanges Erasmus.

En ce qui concerne les Erasmus, le gouvernement britannique a fait le choix de se retirer du programme, ce qui implique que les étudiants britanniques n’auront plus accès à ce dispositif après une période de transition, pas plus que les étudiants européens ne pourront bénéficier de bourses pour étudier le temps d’un semestre ou d’une année de l’autre côté de la Manche.

Pour les étudiants inscrits dans des universités britanniques pour la durée de l’ensemble d’un cursus, les conséquences seront avant tout financières. Après avoir effectué toute sa scolarité en République tchèque, Natália est partie s’installer à Manchester, pour y suivre des cours de science politique et de philosophie. Elle constate les effets qu’aura le Brexit sur les étudiants européens qui voudraient faire comme elle :

« Les étudiants qui viendront à l’avenir depuis les pays de l’UE, n’auront plus les avantages dont je dispose. Les frais d’inscription seront plus élevés parce qu’ils ne bénéficieront plus des mêmes tarifs que les étudiants britanniques. Les frais de scolarité pour les étudiants internationaux sont deux à trois fois plus élevés. Pour le moment, les frais d’inscription pour les étudiants britanniques comme européens sont de 9 250 livres. »

Soit donc un peu moins de 10 500 euros pour une année de licence. Pour les étudiants européens qui s’inscriront désormais à l’Université de Manchester, il faudra désormais débourser le double. Des frais qui pourraient décourager Natália de poursuivre ses études en master :

« Quand je suis arrivée au Royaume-Uni, je n’en étais pas encore sûre, mais je pensais déjà à y faire mon Master. Le Brexit m’a fait changer d’avis, car même si pour le moment mes frais de scolarité restent les mêmes que pour les étudiants britanniques, ce ne sera plus le cas pour mon Master. Pour continuer, il faudra régler le tarif appliqué pour les étudiants internationaux. Et puis, si après ma licence je dois trouver un stage ou un emploi, je n’ai aucune idée de la manière dont les choses se passeront. Je ne recevrai sans doute aucune aide du gouvernement … Du coup, je pense que beaucoup d’étudiants tchèques vont être contraints de partir, cela sera trop dur pour eux de rester. »

Mais le Brexit, c’est aussi parfois des problèmes plus inattendus…

Oui, le Brexit rendra par exemple plus compliqués les transferts des footballeurs tchèques vers des clubs évoluant outre-Manche, puisque la fédération anglaise impose désormais aux joueurs européens de disposer d’un permis de travail. Ce permis sera délivré sur la base des performances du joueur, comme son nombre de sélections en équipe nationale, mais aussi en fonction de la réputation et du classement de son club. Les championnats nationaux sont classés en six groupes, et le championnat tchèque figure dans le quatrième, au même niveau que par exemple le championnat croate ou les championnats de deuxième division français et allemand.

Compilé par le personnel du Conseil du PECO