Le gouvernement ukrainien veut inscrire le site de Tchernobyl, théâtre de la pire catastrophe nucléaire de l’histoire, sur la Liste du patrimoine mondial de l’Unesco. Mais est-ce vraiment possible ? Comment sont choisis les lieux figurant sur cette liste ?

La forêt a poussé au milieu des barres d’immeubles abandonnés. Certains arbres dépassent des toits de ces bâtiments datant de l’époque soviétique, aux vitres brisées et aux façades décrépites.

Nous sommes à Pripiat, en Ukraine, ville fantôme désertée par ses 50 000 habitants en 1986, juste après la catastrophe de Tchernobyl. Pripiat se trouve à quelques kilomètres seulement de la centrale qui fut le théâtre du pire accident nucléaire de l’histoire.

La ville est située en plein dans la « zone d’exclusion » mise en place autour de la centrale nucléaire, après l’accident. Trente plus tard, la majorité des activités humaines sont encore interdites dans un rayon de 30 kilomètres autour de Tchernobyl, même si des visites touristiques y sont organisées. Et aujourd’hui, l’Ukraine veut inscrire cette « zone d’exclusion » sur la Liste du patrimoine mondial de l’Unesco, alors que le couscous, lui, vient d’entrer dans celle du patrimoine culturel immatériel.

Objectif : « Préserver pour l’humanité » cet endroit, « l’un des territoires les plus emblématiques de l’Ukraine », a expliqué Oleksandre Tkatchenko, le ministre ukrainien de la Culture, à l’Agence France-Presse, il y a quelques jours.

Inscrire Tchernobyl sur cette liste offre une forme de protection, et pourrait aussi permettre d’attirer davantage de touristes, qui se sont multipliés sur place ces dernières années. Mais avant d’en arriver là, le site doit d’abord passer le lourd processus de sélection de l’Unesco.

Des visites d’experts

Les autorités ukrainiennes sont en train de préparer l’épais dossier qui accompagne la candidature de Tchernobyl. Une première étape avant la visite de plusieurs spécialistes sur place, prévue cet été. Ils ne seront pas seuls. Au cours des prochaines années, beaucoup d’experts vont s’intéresser à la candidature de Tchernobyl.

C’est la procédure : des spécialistes doivent évaluer tous les sites candidats à une inscription sur cette liste. Ils appartiennent à diverses organisations non-gouvernementales internationales : le Conseil international des monuments et des sites, l’Union internationale pour la conservation de la nature, ou encore le Centre international d’étude pour la préservation et la restauration des biens culturels.

Tous ces experts évaluent la candidature du site ou du bien, et transmettent leur avis au Comité intergouvernemental du patrimoine mondial. Cet organisme est composé des représentants de 22 États différents, élus pour une durée de quatre ans par d’autres représentants des pays membres de l’Unesco. Et ce sont eux qui choisissent, une fois par an, les sites qui feront leur entrée dans la Liste du Patrimoine mondial de l’agence des Nations Unies.

Dans le cas de Tchernobyl, et si le dossier va à son terme, la décision finale n’est pas attendue avant 2023. Au plus tôt.

Des critères bien précis

Voilà pour la procédure. Mais quels sont éléments déterminants qui font que l’inscription d’un site, bâti ou naturel, sur la Liste du patrimoine mondial, sera acceptée ou rejetée ? Les experts évaluent les différentes candidatures en s’appuyant sur dix critères.

« Pour figurer sur la Liste du patrimoine mondial, les sites doivent avoir une valeur universelle exceptionnelle et satisfaire à au moins » l’un de ces critères, explique l’Unesco, qui livre les détails de cette liste sur son site internet.

Les sites, pour être retenus, doivent par exemple « représenter un chef-d’œuvre du génie créateur humain », ou « apporter un témoignage unique ou du moins exceptionnel sur une tradition culturelle ou une civilisation vivante ou disparue », ou bien encore « représenter des phénomènes naturels ou des aires d’une beauté naturelle et d’une importance esthétique exceptionnelles », entre autres critères.

Le gouvernement ukrainien n’a pas livré de détails sur les éléments qui constitueront le dossier de Tchernobyl, mais les autorités devraient pouvoir en mettre plusieurs en avant. Il y a la dimension de catastrophe écologique, et cette zone d’exclusion vierge de toute présence humaine ou presque, devenue un véritable refuge pour la faune de la région.

Et puis Tchernobyl est aussi un lieu de mémoire. La gestion de l’accident nucléaire par les autorités soviétiques est souvent considérée comme l’un des facteurs ayant contribué à la chute de l’Union soviétique.

Une protection et des obligations

Cette inscription sur la Liste du patrimoine mondial s’accompagne aussi d’obligations. Elle n’est « pas une fin en soi », prévient l’Unesco.

Les autorités locales doivent « assurer la gestion, la surveillance et la préservation des biens du patrimoine mondial ». Et il y a un suivi. Les gestionnaires des sites concernés doivent établir des rapports sur l’état de ces biens tous les six ans, et les transmettre à l’Unesco, pour évaluer leur niveau de préservation.

Pour toutes ces raisons, un site emblématique de la Liste du patrimoine mondial avait beaucoup attiré l’attention : Venise et sa lagune, en Italie.

Dans un communiqué publié en novembre 2019, l’Unesco s’était inquiétée de plusieurs menaces pesant sur la ville, comme une fréquentation touristique particulièrement élevée, les arrivées d’immenses navires de croisière, les effets du changement climatique…

« L’Unesco suit de près les marées et les inondations sur le site du patrimoine mondial de Venise » et « l’état de conservation du site », indiquait alors l’agence des Nations Unies. Ces éléments laissaient alors à penser que l’Unesco pourrait peut-être retirer Venise de sa Liste du patrimoine mondial.