L’arrêt du programme européen d’échanges Erasmus, consécutif au Brexit, contraint certains étudiants français à renoncer à partir au Royaume-Uni, le coût financier étant devenu impossible à assumer.

Lucas Santerre, 18 ans, n’ira pas en septembre 2021 étudier dans le Yorkshire, à Leeds, au nord de l’Angleterre. L’abandon d’Erasmus par le Royaume-Uni a contraint le jeune homme à changer ses plans. « Je vais devoir me rabattre sur Budapest, en Hongrie ; ou Cracovie, en Pologne ; ou Ljubljana, la capitale de la Slovénie », soupire celui qui est inscrit en première année d’Études culturelles à l’université de Lille.

Une déception, forcément. « Aller à Leeds, ça avait du sens pour moi. Ce n’est pas Londres mais c’est quand même une grande ville proche de l’Écosse, avec des beautés architecturales. Non seulement, ça m’aurait permis de parler anglais, mais l’Angleterre, c’est aussi le pays qui inventé les cultural studies (NDLR, études culturelles) », détaille le garçon originaire du Loiret.
« Financièrement, ce n’est franchement pas possible »

Grâce à Erasmus, Lucas Santerre aurait pu avoir une bourse et s’inscrire à Leeds en payant les mêmes frais de scolarité qu’en France, soit « quelques centaines d’euros ». Aujourd’hui, pour moi, financièrement, ce n’est franchement pas possible, indique ce fils d’agriculteur. Je suis issu d’une famille de cinq enfants et on a tous fait Erasmus grâce aux bourses ou aux partenariats noués par nos écoles. »

Payer une université 20.000 euros juste parce que c’est l’Angleterre, alors que l’on peut se rendre dans d’autres pays européens pour moins cher, je ne me voyais pas trop entreprendre cela.

Lucas Santerre (Etudiant à Lille)

Pragmatique, Lucas Santerre fait avec, bon gré mal gré. « L’Angleterre, je trouvais ça bien car c’est toujours utile d’améliorer son anglais. Mais de toute façon, ce n’était pas un pays dont la culture me faisait rêver. L’Angleterre se ferme des portes et c’est dommage, sachant qu’Erasmus permettait au pays de rayonner à l’international. »
Frustration et colère

Quand il a appris fin décembre que le Royaume-Uni se retirait du programme d’échanges universitaires, François Boyer, 18 ans, dit quant à lui avoir éprouvé un « mélange de frustration et de colère. Erasmus ne coûtait rien à l’Angleterre ; c’est de l’échange de connaissances qui profite à tout le monde. Alors, je ne comprends pas pourquoi le pays a décidé de renoncer à ce programme éducatif », raconte le Nantais d’origine, qui aimerait devenir journaliste.

Le jeune homme, étudiant en sciences politiques à l’université de Lille, s’imaginait bien faire sa troisième année de licence à Londres ou à Greenwich. « Londres, ça permettait d’aller à l’étranger tout en restant pas trop loin de la famille. C’est une destination prestigieuse, aussi. Mais là, sans Erasmus, au niveau financier, c’est quasi impossible d’envisager cela pour moi. »

Du coup, je me destine plutôt au Canada. Mais ça me forcerait à y aller en avion. Or, pour des raisons écologiques, je ne souhaite pas prendre l’avion…

François Boyer (Étudiant en sciences politiques )

Contraints de s’adapter, les étudiants scrutent maintenant les meilleures destinations qui restent envisageables. À ce petit jeu, l’Irlande, Malte et les pays nordiques, qui proposent de nombreux cursus en anglais, devraient beaucoup bénéficier du Brexit.