Fervent partisan de l’austérité, le président Andres Manuel Lopez Obrador parie sur la discipline budgétaire pour atténuer l’impact de la pandémie de coronavirus sur l’économie du Mexique. Mais cette rigueur devrait se faire au prix d’une reprise plus lente qu’ailleurs.

« Maintenant que les économies se redressent, certains pays sont confrontés à de graves problèmes budgétaires. Au Mexique, pour le meilleur ou pour le pire, il n’y en aura pas, a commenté à l’AFP Marco Oviedo, responsable de la recherche économique pour l’Amérique latine chez Barclays. Le revers de la médaille est que la reprise économique au Mexique sera très probablement beaucoup plus lente », prévient-il.

Terrassée par l’impact du Covid-19, l’économie mexicaine, la deuxième d’Amérique latine après le Brésil, a chuté de 18,7 % au deuxième trimestre par rapport à la même période de l’an dernier et de 17,1 % comparé au premier trimestre. Se targuant d’appliquer une formule « unique au monde », le gouvernement mexicain a rechigné à mettre en œuvre une politique de relance et de s’endetter pour faire face à la crise, assurant que ces mesures n’aideraient que les grandes entreprises et « les gens d’en haut ».

À l’inverse, le président de gauche a préféré opter pour une plus grande austérité, sans abandonner des programmes sociaux et des travaux d’infrastructure, comme la raffinerie qu’il fait construire dans l’État de Tabasco, dans le sud du pays, ou un nouvel aéroport pour Mexico, la capitale.

La réponse budgétaire du Mexique à la pandémie a été la moins généreuse des pays du G20, « et cela comporte le risque d’une contraction plus profonde et d’une reprise plus lente », a prévenu le Fonds monétaire international (FMI) en juin. L’institution s’attend à une chute de 10,5 % du PIB mexicain cette année et un rebond de 3,3 % en 2021, soit un chiffre inférieur aux taux de croissance prévus pour l’Argentine, le Chili ou la Colombie.

Solde budgétaire zéro

Les analystes consultés par la Banque centrale du Mexique prévoient une baisse du PIB de près de 10 % cette année, avant une reprise de 2,95 % en 2021. Plus optimiste, le gouvernement table sur une croissance de 4,6 % dans son projet de budget pour l’an prochain. Le gouvernement y prévoit également un solde budgétaire primaire (avant paiement des intérêts de la dette) de 0 %, ce qui « renforce le signal de discipline budgétaire », selon une analyse de la banque espagnole BBVA.

« L’austérité du budget 2021 suggère que l’économie ne recevra pas beaucoup de soutien de la politique fiscale », explique Nikhil Sanghani, économiste des marchés émergents de Capital Economics. « C’est pourquoi nous prévoyons que l’économie mexicaine sera moins performante que les autres marchés émergents au cours des prochains trimestres », dit-il.

Les entreprises privées d’aide

Quand les nuages de la pandémie avaient commencé à s’accumuler au-dessus de l’économie mexicaine, les organisations patronales ont suggéré au gouvernement des mesures fiscales comme le report des paiements d’impôts et des cotisations sociales ou le recours à des emprunts. Cependant, le gouvernement n’en a pas tenu compte, au risque de consommer la rupture avec un monde entrepreneurial qui a déjà mal digéré d’autres décisions du président comme celle d’annuler le projet jugé trop coûteux de construction d’un aéroport à Texcoco.

L’économiste Marco Oviedo a, lui, plaidé pour des aides aux entreprises, en particulier dans les secteurs durement frappés par l’épidémie comme la restauration ou le tourisme. « Le président a abusé de la confiance des entreprises. Il a quelques amis parmi les hommes d’affaires, ce qui ne veut pas dire qu’il est l’ami des hommes d’affaires », avait déploré lundi Gustavo de Hoyos, dirigeant de Coparmex, une organisation patronale très critique envers le gouvernement. Le Conseil de coordination des entreprises (CCE), plus influent, a cependant insisté sur le dialogue et espère signer lundi un accord de relance économique avec le gouvernement, qui devrait comprendre plusieurs projets d’infrastructure.