Nous sommes vingt-sept plus tard, et entre l’Est (RDA) et l’Ouest (RFA) de l’Allemagne, des différences persistent. Depuis quelques années même, elles se sont creusées. Est-ce que la RDA lutte pour sa survie presque trente ans après sa chute ? Ou est-ce le dernier sursaut d’un pays qui bientôt s’éteindra avec la génération qui la si bien connu ?
Encore aujourd’hui, en 2018, alors que presque trente ans sont passés, le pays reste encore tâché à l’encre d’une histoire politique, entre socialisme et capitalisme, entre Wessis (gens de l’Ouest) et Ossis (gens de l’Est).
Tour d’horizon des clivages qui existent encore et qui semblent diviser le pays encore aujourd’hui. On aurait pu penser que le temps panserait les blessures de la frontière, que le mur appartenait définitivement au passé. Jusqu’à ce que les résultats politiques rappellent qu’au lieu d’évoluer vers une réconciliation, le pays affiche une césure.
Politique : une percée de l’extrême droite à l’Est
Ce sont principalement dans les « Bundeslands » (régions) que la politique se décide, parce que l’Allemagne est basée sur un système fédéral, à l’image des Etats-Unis, et non comme une politique centrale comme en France.
Voilà pourquoi les votes aux élections fédérales sont tout aussi attendus que le vote à la chancellerie.
Et en 2016, alors que les résultats des élections fédérales tombent, l’Est affiche des scores d’une moyenne de 20% pour l’AFD (Alternative pour l’Allemagne), parti d’extrême droite, tandis qu’à l’Ouest, l’AFD obtient des scores de l’ordre de 9%.
Au vu des résultats sur la carte Allemande, on découvre que l’Est et l’Ouest ne se sont pas raccommodés pour devenir un pays uni.
Source : libération
Cela peut paraitre contradictoire que les habitants de l’Est de l’Allemagne connaisse une radicalisation de droite, eux qui ont vécu dans un régime socialiste et qui restent par nature plus solidaires.
Pour comprendre ce revirement, il faut remonter en arrière, quand c’était à l’Est de s’adapter à l’Ouest. L’ex-RDA a disparu dans la nuit du 9 novembre 1989, quand le mur est tombé. Il n’y a pas eu d’effort mis en place pour intégrer la petite RDA à la grande Allemagne. L’Allemagne réunifiée n’a rien mis en place pour sauver l’économie de l’Est (la fermeture des entreprises, le chômage). C’était comme passer sous silence l’existence d’un pays, avec d’autres mœurs et coutumes. Aujourd’hui, la pauvreté à l’Est est forte, le chômage également. Il y a une colère dans les régions de l’Est dû au sentiment d’avoir été oublié, d’avoir servi les gagnants mais de rester parmi les perdants de la réunification.
Il faut se rendre sur place pour se rendre compte d’une autre composante, le caractère culturel et social. Car l’AFD est un mouvement de protestation sociale et culturelle d’un pays qui a cessé d’exister en une nuit.
Culture et société à l’Est
Qui aurait cru que cinquante ans de RDA auraient modifié autant la culture d’un pays ? Et pourtant, au moment où le mur tombe, le capitalisme remporte la victoire sur le socialisme. Berlin deviendra alors le symbole de la chute de tout le bloc communiste, marquant la fin de la guerre froide.
Les magasins se désemplissent de denrées de la RDA. Coca Cola remplace le Vita Cola. Des démarcheurs d’assurance viennent vendre des assurances de tous genres à l’Est. Les usines ferment, le chômage augmente, les Trabant neuves finissent à la casse.
On a voulu imposer la culture de l’Ouest à l’Est. « On a voulu éradiquer la RDA, la rendre invisible, en faire un système communiste et autoritaire » rétorque Harald, soixante-deux ans, qui vit en Saxe-Anhalt. Mais qu’en est-il des gens qui ont vécu de l’autre côté de la barrière ?
L’échange de services entre voisins et connaissances reste un moyen rependu en ex-RDA pour trouver du travail jusqu’à faire réparer sa tuyauterie. Les Ossis sont plus solidaires, se serrent plus souvent la main qu’à l’Ouest, et occupent les plages de la mer du Nord comme autrefois, nus. Le nudisme, c’était culturel à l’Est, quant à l’Ouest, on était plus prude.
Beaucoup regrettent le temps de la RDA. Alors rien d’étonnant que pendant un soir d’hiver 2014 à Leipzig, un groupe de retraités se soit rassemblés sur le parvis de la gare, tenant des banderoles et criant dans un micro « on veut le retour à la RDA ». Rien d’étonnant non plus quand ma belle-mère qui a la soixantaine, évoque l’égalité Homme-Femme en RDA qui tend à disparaitre en Allemagne.
Femmes de l’Est et Femmes de l’Ouest
Il suffit de regarder deux documentaires des années soixante pour se rendre compte de la différence de statut des femmes à l’Ouest et à l’Est.
A l’Ouest, dans les années soixante, seuls les couples mariés peuvent prétendre à un logement. La femme reste le plus souvent à la maison où elle s’occupe des enfants et du foyer. Elle doit demander l’autorisation à son mari pour travailler, entre autres.
A L’Est, la femme travaille. Elle est un camarade comme un autre, qui peut avoir des postes à responsabilité.
Aujourd’hui encore, il y a un clivage entre l’Est et l’Ouest. Le système allemand a cela de particulier que les places en crèches manquent affreusement et que les femmes qui reprennent le travail rapidement après leur accouchement sont mal vues. Ce sont les fameuses « Rabenmutter », les mères corbeaux qui doivent se justifier face aux collègues, voisins et amis quand elles préfèrent continuer leurs carrières plutôt que de s’occuper des enfants. Après un an de congé maternité, beaucoup sont contraintes à travailler à mi-temps, ne retrouvant pas toujours leur poste d’avant grossesse.
A l’Est, le phénomène est moindre même si le système mis en place est le même. Les femmes travaillent nettement plus et à temps plein, ce qui est semble-t-il un héritage de la vie en RDA.
Mais ce n’est pas tout, la différence salariale homme-femme est plus importante à l’Ouest qu’à l’Est.
A l’Ouest, en 2006, la différence salariale était de 23% entre Homme et femme. A l’Est, elle est de 8% comme le souligne cet article de 2016.
Deux systèmes de retraite encore aujourd’hui
Si vous travaillez dans l’Est de Berlin, votre retraite sera calculée différemment que si vous travaillez dans l’anciennement Ouest de Berlin. La retraite est calculée différemment entre l’Est et l’Ouest. Chaque année, le taux de retraite est recalculée afin d’harmoniser les valeurs entre l’ancienne RDA et la RFA (République Fédérale d’Allemagne), mais elle est malgré tout moindre dans les régions de la RDA et dans anciennement les zones de Berlin Est.
Immobilier de l’Est à l’Ouest
L’immobilier n’échappe pas à cette règle. Si les prix ont explosé à Hambourg, Munich, Frankfort et Stuttgart, que dire de Leipzig et de Dresde, si ce n’est que l’achat d’un immobilier ou le montant du loyer sont bien plus bas à l’Est qu’à l’Ouest.
Leipzig ou Dresde sont pourtant des villes pleines de charme, des villes aux grandes universités qui attirent de plus en plus, pour leurs prix plus accessibles et la facilité à acheter des logements.
Berlin reste l’exception allemande, une enclave dans l’Est de l’Allemagne, subissant de plein fouet une hausse des prix de l’immobilier. Capitale en Europe presque oubliée pendant longtemps, elle a séduit de nombreux artistes et expatriés pour ses prix dérisoires. Aujourd’hui, le marché étant saturé, Berlin est l’une des villes en Allemagne qui a vu ses loyers augmenter drastiquement et le prix des logements exploser en à peine dix ans.
Conclusion
Nous passerons sur les sujets du chômage, de l’économie et du niveau de salaire entre l’Est et l’Ouest, puisque là encore, une évidence s’impose.
Mais ce qui est intéressant, ce sont les autres différences, les différences culturelles qui restent ancrées dans les habitudes des uns et des autres. Entre l’Est et l’Ouest, il n’y a pas de grand amour, disons presque un fossé qui au lieu de se refermer, est en train de se creuser.
Laure Zehnacker
