Les soldats russes ne seront plus en mesure de prendre des selfies ou de partager des informations en ligne en vertu de la nouvelle législation adoptée mardi par la Douma.

Ces dernières années, des sites de journalisme d’investigation en ligne tels que Bellingcat ont utilisé des données open source pour faire la lumière sur le rôle présumé de la Russie dans l’est de l’Ukraine et dans d’autres pays.
Lors de la troisième et dernière lecture mardi, 90,7% des députés de la Douma ont voté en faveur du projet de loi interdisant aux soldats russes de télécharger des informations susceptibles de révéler leur affiliation, leur activité ou leur emplacement.
Le projet de loi interdit le partage de photographies, de vidéos et de données de géolocalisation et interdit aux soldats de partager des informations sur d’autres militaires ou les membres de leur famille. Ceux qui enfreignent l’interdiction feront l’objet de mesures disciplinaires.
Le projet de loi instaure officiellement en 2017 une recommandation du ministère de la Défense interdisant aux soldats russes de télécharger en ligne des informations compromettantes.
Avant d’entrer en vigueur, le projet de loi doit passer par le Conseil de la fédération de la Fédération de Russie et garantir la signature du Président Vladimir Poutine.
La Russie masque le sentier numérique de ses soldats
La Russie s’emploie à interdire à ses soldats de partager des informations sur Internet, une étape qui suit l’utilisation des publications sur les réseaux sociaux par les journalistes d’investigation pour mettre en lumière le rôle clandestin de Moscou dans les conflits étrangers.
Un projet de loi propose d’interdire aux militaires et aux réservistes de mettre en ligne tout ce qui permettrait aux étrangers de se renseigner sur leur sort ou leur rôle dans l’armée.
Le projet de loi, qui a été approuvé mardi par le législateur lors de la deuxième de ses trois lectures au parlement, prévoit que l’interdiction couvre les photographies, les vidéos, les données de géolocalisation ou d’autres informations.
Il interdirait également aux soldats de partager des informations sur d’autres militaires ou les proches des militaires, tandis que ceux qui enfreindraient l’interdiction seraient passibles de mesures disciplinaires.
“Les informations partagées par les soldats sur Internet ou dans les médias sont utilisées (…) dans certains cas pour évaluer de manière partiale la politique de la Russie”, indique la note explicative du projet de loi.
Cette initiative s’accompagne de sites de journalisme d’investigation en ligne qui s’appuient sur des données open source pour sonder le rôle présumé de la Russie dans les opérations clandestines à l’étranger.
Le site d’investigation Bellingcat a largement utilisé les publications sur les réseaux sociaux pour conclure que des soldats russes avaient participé à la destruction du vol de passagers MH17 au-dessus de l’Ukraine en 2014.
Une enquête criminelle néerlandaise a conclu l’année dernière que l’avion avait été abattu avec un missile sol-air appartenant à la 53e brigade de l’armée russe. Moscou nie toute implication.
“Les réseaux sociaux ont été utilisés dans de nombreuses autres enquêtes sur la guerre en Ukraine et en Syrie, par exemple lorsque des soldats ou des proches ont parlé de soldats décédés”, a déclaré Roman Dobrokhotov, rédacteur en chef du site d’investigation The Insider.
Reuters a utilisé des publications sur les réseaux sociaux pour identifier les Russes se battant dans l’est de l’Ukraine à un moment où Moscou a nié que ses soldats s’y combattent.
Si elle est adoptée, la loi instituera officiellement des recommandations du ministère de la Défense qui, selon le journal pro-Kremlin Izvestia, ont été adressées aux soldats en 2017.
La chambre basse doit encore voter sur le projet de loi une fois de plus avant qu’il soit envoyé à la chambre haute pour un vote puis soit adopté par le président Vladimir Poutine.
