Le terme de « superpuissance » apparaît pour la première fois dans le titre d’un ouvrage de William T. R. Fox, un politiste qui œuvrait à l’université Columbia de New-York : The Superpowers : The United States, Britain, and the Soviet Union – Their Responsability for Peace, 1944. En l’occurrence, le terme est inadéquat : la Pologne n’est pas une puissance d’envergure planétaire capable de « projeter » son pouvoir et son influence à l’échelon mondial. En revanche, elle constitue désormais une puissance de premier ordre à l’échelon euro-atlantique, aux plans diplomatique, militaire et économique, y compris en matière de production d’armes.
Située sur l’axe géographique Baltique/mer Noire, la Pologne est un pays-clef, décisif pour l’organisation de la défense des frontières orientales de l’Europe, face à une « Russie-Eurasie » révisionniste et conquérante. Sur un plan géopolitique, il importe de souligner l’importance de l’espace géographique couvert par l’Initiative des Trois Mers (Baltique, mer Noire et Adriatique). A juste titre, les observateurs soulignent son important effort militaire (financement de l’appareil militaire, acquisition d’équipements). En proportion, son effort militaire est deux fois supérieur à celui de la France (4% du PIB investi dans les armées contre 2% pour la France), ce qui bien sûr ne doit pas faire oublier la différence des budgets en valeur absolue.
Au regard de ce qu’était la Pologne au sortir de la Guerre froide, indubitablement. La Pologne est l’exemple même d’une transition réussie vers ce que les politistes américains nomment la « démocratie de marché », pour autant que l’on ne nourrisse pas une vision lénifiante de ce modèle : la démocratie n’est pas le « meilleur des mondes » mais un régime politique qui ne saurait abolir les conditions constitutives du « Politique ». C’est aussi une puissance militaire en devenir, qui apporte un soutien notable à l’Ukraine, puissance appelée à jouer un rôle croissant dans l’OTAN et dans les coalitions plus resserrées requises pour renforcer la « barrière de l’Est ».
En somme, la Pologne est le centre de gravité d’une « Europe jagellonienne »qui s’étend de la Baltique à la mer Noire (les Jagellons régnaient sur la république de Pologne-Lithuanie de l’ère moderne, deux fois plus vaste que la France d’Henri IV). Ce pivot géopolitique, déjà important du fait de sa situation névralgique, se mue en un acteur géostratégique capable de modeler son environnement géographico-politique. Aussi la Pologne a-t-elle vocation à participer aux directoires diplomatiques qui assurent l’unité et la cohésion de l’Occident. Le trop peu connu « Quad atlantique » (Etats-Unis, Royaume-Uni, France, Allemagne) devrait s’associer la Pologne (en sus d’une Italie produisant un plus grand effort militaire).
