République tchèque : le « corrent », monnaie anti-Covid
République tchèque : le « corrent », monnaie anti-Covid

Kyjov, ville du sud-est du pays, s’apprête à expérimenter une devise spéciale destinée à soutenir les commerces locaux. Un projet pilote qui s’inspire du principe de « monnaie hélicoptère » évoqué comme un possible remède à la crise.

Distribuer de l’argent aux ménages pour relancer l’activité des secteurs les plus touchés par l’épidémie de Covid-19 : c’est l’idée que s’apprête à expérimenter la République tchèque à travers le programme « corrent », nom d’une monnaie spéciale, contraction de coronavirus et de currency (monnaie, en anglais).

Ce projet pilote devrait être prochainement lancé dans la ville de Kyjov, en Moravie du Sud, au sud-est du pays. Dans un premier temps, près de 2 000 volontaires vont ainsi recevoir chacun 400 corrents, l’équivalent de 400 couronnes tchèques, soit environ 15 €, à dépenser dans les points de vente partenaires.


Une « monnaie hélicoptère »

Les corrents ne pourront être utilisés que dans les commerces, restaurants et cinémas, une fois levées les mesures de fermetures administratives décidées pour enrayer l’épidémie. « Le projet vient de la nécessité d’aider une économie à court de liquidités en incitant les habitants à dépenser, ce qui augmente le revenu des entreprises locales et, du même coup, les rentrées fiscales pour l’État », souligne l’économiste Pepe Rafaj, à l’origine de l’initiative.

Pour chaque achat, les clients paieront la moitié de la somme en corrent, l’autre en couronnes. « Chaque citoyen disposera d’un portefeuille électronique auquel est associé un code personnel. À partir d’un site Internet dédié, le commerçant n’aura plus qu’à déduire la transaction effectuée », précise Pepe Rafaj.

Pour l’instant, l’essai va être lancé grâce à un généreux donateur privé anonyme qui a accepté de débourser 800 000 couronnes (30 510 €). « Mais le projet pourrait aussi être financé, à l’avenir, par l’État ou des fonds européens », soutient son initiateur.

L’idée est à rapprocher du concept de « monnaie hélicoptère » lancé en 1969 par l’économiste américain Milton Friedman. Celui-ci avait alors suggéré d’imprimer des billets et de les jeter, depuis un hélicoptère, dans les rues pour illustrer sa théorie sur la meilleure manière, selon lui, de doper l’activité en situation de récession.


Lancement reporté

Séduisante sur le papier, cette idée n’a jamais été testée, mais elle revient sur le devant de la scène alors que la plupart des pays sont confrontés à une crise hors normes. Face à cela, des économistes et des ONG plaident pour la mise en œuvre de transferts directs d’argent aux citoyens pour stimuler la relance tout en limitant la charge de la dette publique.

L’association Positive Money Europe affirme ainsi que la distribution de 1 000 € à tous les citoyens de la zone euro permettrait d’augmenter le PIB de 1,2 %.

L’expérience tchèque, plus modeste, part de la même inspiration mais risque de se heurter à la dure réalité. D’abord prévu pour le lundi 11 janvier, le lancement du corrent a dû être reporté en raison de la prolongation de l’état d’urgence décidée à la fin de décembre.

Depuis quelques semaines, la République tchèque affronte une nouvelle montée en flèche des contaminations qui a obligé le gouvernement à imposer de nouvelles restrictions, dont la fermeture de magasins jugés non essentiels jusqu’au 22 janvier. Les Tchèques devront donc attendre pour dépenser leurs corrents.

Compilé par le personnel du Conseil du PECO