Plus de la moitié des PME françaises rencontrent des difficultés de recrutement de profils très qualifiés selon une récente enquête d’opinion. Face à ces obstacles, les politiques publiques menées ne répondent pas forcément aux freins évoqués par les chefs d’entreprise.

Manque de qualification des candidats
Manque de qualification des candidats

Les obstacles au recrutement s’intensifient. Selon un récent sondage OpinionWay, plus de la moitié (52%) des petites et moyennes entreprises ont rencontré des difficultés de recrutement pour les profils hautement qualifiés. Et les écarts entre Paris et les autres régions sont très marqués (27% contre 60%). La hausse de l’activité en 2017 a entraîné un fort besoin de main d’oeuvre. Malgré un taux de chômage élevé et un nombre de demandeurs d’emploi encore conséquent, les entreprises peinent encore à recruter des profils spécifiques. De multiples secteurs connaissent des tensions et la récente polémique suscitée par les propos d’Emmanuel Macron adressés à un jeune horticulteur a mis en exergue les problèmes d’appariement entre l’offre et la demande sur le marché du travail.

Manque de qualification des candidats

Les entreprises sont confrontées à de multiples freins à l’embauche. Parmi les raisons évoquées par les chefs d’entreprise interrogés, celle qui revient le plus souvent (45%) est l’insuffisance de qualifications professionnelles des candidats.

Outre le manque de compétences, les chefs d’entreprise (36%) signalent également l’absence d’actes de candidatures pour les postes à pourvoir. Le troisième motif mentionné (31%) est le manque de motivation des candidats et d’adhésion au projet d’entreprise. Enfin, les exigences salariales arrivent en quatrième position.

Le bâtiment particulièrement concerné
Outre le manque de profils hautement qualifiés, de nombreux secteurs sont également confrontés à ce type de difficultés. Dans une enquête menée fin 2017, l’Insee mettait l’accent sur le secteur du bâtiment qui doit faire face à un véritable manque de personnel. Selon les résultats de l’étude, 50% des répondants du secteur ont signalé cette barrière spécifique. Ils sont 38% dans l’industrie et 29% dans les services. Au total, 32% des patrons interrogés signalent ce frein à l’embauche.

Le second facteur évoqué concerne l’incertitude économique pour un quart des répondants et 22% indiquent que les coûts liés à l’emploi pourraient constituer un frein à l’embauche. Enfin, 17% des interrogés soulignent une réglementation trop importante.

Une réponse politique inadaptée ?
En dépit d’une activité économique plus dynamique en 2017, le chômage en France reste encore bien supérieur à la moyenne européenne. Selon les derniers résultats de la Commission européenne publiés il y a quelques jours, le taux de chômage dans l’Union européenne est tombé à 6,8% au sens du bureau international du travail en août dernier contre 8,1% en zone euro et 9,3% en France. Paris arrive ainsi en quatrième position du Vieux Continent derrière la Grèce, l’Espagne, et l’Italie.

La libéralisation du marché du travail entamée par les différents gouvernement successifs en France n’a pas forcément fait ses preuves au regard des faibles résultats obtenus dans les autres pays européens. S’il est encore tôt pour évaluer les conséquences de la réforme du code du travail promue par le gouvernement d’Édouard Philippe sur l’évolution du chômage, les exemples étrangers peuvent apporter un éclairage.

En Italie, plusieurs réformes relatives au marché du travail ont été mises en place depuis 2012 pour permettre plus de “fléxisécurité”. C’est d’ailleurs un modèle régulièrement cité par Emmanuel Macron pour justifier ces réformes sur le plan économique. Selon une récente étude la direction générale du Trésor, les effets sur l’emploi sont “ambigus”. Si les réformes ont pu avoir des conséquences favorables sur la productivité ou les salaires, l’impact sur les créations d’emploi semble plus limité. En s’appuyant sur une étude réalisée par la banque d’Italie, les économistes de Bercy signalent que “la dynamique de l’emploi est à ce stade principalement soutenue par la reprise économique et les mesures incitatives sur les cotisations.”